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La cueillette sauvage en hiver




L’hiver est souvent perçu comme une saison vide pour la cueillette sauvage. Pourtant, c’est un temps précieux, discret et profondément nécessaire. La nature semble endormie, mais elle travaille en silence. Pour le cueilleur, l’hiver n’est pas une pause, c’est une étape essentielle : celle de l’observation, de la préparation et de la transmission.


Observer en hiver, c’est apprendre à regarder autrement. Les feuillages ont disparu, les formes se révèlent. Les silhouettes des arbres, l’écorce, les bourgeons dormants, les tiges sèches racontent l’identité des plantes. C’est la saison idéale pour reconnaître les espèces sans fleurs ni feuilles, pour mémoriser les lieux de cueillette, pour repérer les plantes qui reviendront au printemps. Marcher lentement, noter mentalement les haies, les lisières, les talus, les bords de chemins permet de créer une véritable cartographie intérieure du vivant. L’hiver apprend la patience et l’humilité : on observe plus que l’on ne prélève.


Préparer, c’est mettre de l’ordre et poser des bases solides. L’hiver invite à trier les plantes récoltées les mois précédents, à vérifier les bocaux, à sentir les feuilles séchées, à observer leur évolution. C’est le moment de préparer les mélanges de tisanes pour les mois froids, de broyer certaines plantes en poudre, de réfléchir aux besoins de la famille pour l’année à venir. On peut aussi préparer le printemps en nettoyant le matériel de cueillette, en affûtant les couteaux, en lavant les paniers, en relisant ses notes de terrain. Préparer, c’est aussi se former : lire, étudier, approfondir la connaissance des plantes, leurs usages, leurs précautions.


Transmettre, enfin, est au cœur de l’hiver. C’est la saison des veillées, des récits et des gestes partagés. Transmettre, ce n’est pas seulement enseigner des noms ou des recettes, c’est raconter pourquoi on cueille, comment on respecte la plante, pourquoi on ne prend jamais tout. C’est initier les enfants à l’observation, même sans cueillette, leur apprendre à reconnaître un arbre à son écorce, à sentir une feuille sèche, à écouter le silence de la nature. C’est aussi transmettre à travers l’écriture, les carnets de cueillette, les recettes notées à la main, les souvenirs associés à une plante.


La cueillette sauvage en hiver nous rappelle que le lien au vivant ne se limite pas à l’acte de récolter. Observer, préparer et transmettre sont des gestes tout aussi essentiels que cueillir. Ils enracinent la pratique dans le temps long, dans le respect des cycles et dans la mémoire. L’hiver n’est pas une saison morte, c’est une saison fondatrice.

 
 
 

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